Auteur Sujet: Lettre à ma fille hospitalisée après une TS  (Lu 2200 fois)

quimporte

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Lettre à ma fille hospitalisée après une TS
« le: avril 20, 2012, 02:57:21 pm »
Mon enfant,
Je me suis réveillée ce matin, en pensant à toi.Tant de questions me traversent l'esprit. Les mêmes certainement que tu dois te poser pour certaines. J'ai tant de ressentis qui me déchirent le cœur et même le corps tant ils font mal. Je n'ose te demander combien de souffrance et de peur ton cœur et ton corps endurent.Tu ne me le dirais pas de toute façon, tu veux toujours et tellement m'épargner et tu encaisses, au-de-là de tout entendement. Ma fille, cette autorisation de demande d'hospitalisation écrite par un tiers, que j'ai dû écrire hier afin que l'on te soigne, a été la pire lettre que j'ai jamais écrite de ma vie. Que Dieu me préserve d'avoir à en écrire d'aussi difficiles, pour le restant de ma vie. J'ai froid dans le cœur à l'idée de ce que l'on m'a fait écrire. Nous nous étions promis de ne jamais en arriver là et pourtant tu as eu la force de me le demander toi-même. Sûrement pour m'épargner la culpabilité qui suit une telle demande. Pourtant, depuis, elle m'habite et me ronge affreusement, je me demande sans cesse si j'ai fait le bon choix.Nous sommes allées au bout du bout et si toi tu as choisi LA MORT pour en finir avec tes souffrances, moi je choisis de continuer à me battre et de tenter même l'impensable, l'interdit que nous nous étions fixé. Pardonne-moi pour cela. Il me faudra du temps pour que je me le pardonne aussi. Mais moi, ça ne compte pas, je ne baisserai pas les bras et je me refuse d'accepter cette mort que tu as programmée.

Tant que je ne serai pas venue te voir, je vais me demander comment sont ces lieux, ces gens, à qui je t'ai confiée. Je leur ai donné tout pouvoir et j'ai peur, tellement peur. Je sais que toi aussi. Je t'en supplie, accepte tout ce qu'ils décideront de faire avec toi. Nous savons toi et moi, qu'ils gagneront toujours. Protège-toi en te laissant soigner mon enfant. Je veux penser que tout cela sera pour ton bien et qu'ils sont humains, sinon, je vais devenir folle. Tu es si loin, ma douce, et là encore quel courage et quel sacrifice, afin de préserver tes études. Nous le ferons avec toi en faisant tous ces km qui nous séparent, l'important est qu'ils nous permettent de te voir. J'ai si peur qu'ils ne nous l'interdisent. Mon cœur bat si fort pour toi, que si tu écoutes, tu l'entendras battre au rythme du tien. Moi, j'entends le tien, il me bouleverse. Ces mots, couchés là sur du papier, que j' ai écrits entre deux clients, je te les hurle de coeur à cœur. Un jour, tu iras mieux et je te les ferai lire, peut être avant. J'ai hâte qu'il soit enfin l'heure de les appeler, mais j'ai peur de ce qu'ils vont me dire. J'ai besoin de te voir, de te toucher et de me rendre compte, où tu es et avec qui. Nous avons dû leur faire confiance, mais je suis loin d'être convaincue. Il est 8 heures, je suis à mon guichet et mes pensées, qui s'envolent vers toi, ne me suffisent plus. Alice, comme moi, vois-tu le soleil qui brille ? Où es-tu? Que fais-tu ? Es-tu levée ? As-tu peur ?  Moi, je le vois briller, mais il ne me réchauffera plus de si tôt, j'ai si peur. Cette vie qu'il représente et que tu ne veux plus, il faut s'y accrocher, mais là de suite, je me sens morte, morte d'inquiétude...
Je suis en attente de toi, de notre vie qui maintenant est suspendue à la vie, à la mort. J'essaie d'imaginer ton réveil, ta prise de connaissance de ces lieux, de ces gens qui vont avoir la chance d'être auprès de toi. Je t'en supplie, va dans leurs sens ! D'ici, je ne peux rien pour toi. C'est effroyable, je leur ai donné tout pouvoir. Comment mon cœur de maman peut-il encaisser tout cela? Comment ton cœur de jeune fille peut-il encaisser tant de douleurs? Il nous faudra des années avant que l'on ne puisse revivre normalement. Nous y arriverons, ma Fille. Je veux y croire, mais le plus important, je veux que TOI tu y croies. C'est vrai que nous avons les tripes arrachées, mais regarde bien, ma puce, nous avançons malgré tout. Parfois debout, parfois à genoux et même en rampant, mais nous sommes là et nous ne renoncerons pas ! Même si cela n'est pas ton choix dans l'immédiat, je te porterai jusqu'à ce que tu choisisses à nouveau"La vie" quelque soit le temps qu'il nous faudra pour y arriver.

Je viens d'avoir ton père au téléphone, il me dit que nous pouvons aller te voir de 14h à 17h ! Alléluia ! Je vais VENIR ma fille ! L'oxygène me revient un peu, j'étais en apnée. Et même si j'ai peur, je me rendrai enfin compte de ton état. Je te promets d'être forte pour toi, comme hier lorsque j'ai dû écrire cette horrible lettre pour l'HDT, quand tu me demandais si je pleurais, tout en vérifiant ma réponse. Pour te rassurer, je me retournais à chaque fois, afin de te prouver que je ne le faisais pas. J'interdisais à mes larmes de couler, alors qu'elles me noyaient de l'intérieur. Plutôt mourir noyée que de te faire voir mes larmes qui t'auraient crevé le coeur. Je sais maintenant que par amour, une Maman ça peut faire cela. Peut être en faisais-tu autant, dans ton intérieur. Nous nous aimons tellement que nous voir souffrir nous détruit sans pitié. Je voulais le meilleur pour toi et ta soeur et c'est le pire que nous vivons. Je suis si désolée et me sens si démunie face à tout ce drame familial. Je prie pour que là où tu es, ils te réapprennent à vivre. Moi, jamais je ne baisserai les bras. Il ne me reste qu'à t'écrire pour te dire les mots que je hurle au fond de moi, dans l'attente de te serrer contre moi. Je croyais que l'amour ça faisait tout. Je sais à présent que non, ça ne fait pas tout et pourtant je t'aime de tout mon corps, de tout mon coeur, de toute mon âme.

Quimporte qui je suis...