Auteur Sujet: S'autoriser à vivre sa souffrance pour faire le deuil...  (Lu 2826 fois)

Alicia

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S'autoriser à vivre sa souffrance pour faire le deuil...
« le: mai 21, 2012, 11:38:02 am »
Un deuil qui ne commence que 17 ans après.

Je me lance enfin à partager sur ce forum l’état d’esprit qui est le mien aujourd’hui après avoir longtemps craint d’accomplir cette démarche. Je me rends compte que je ressens une peur profonde dans la confrontation à d’autres personnes ayant un vécu similaire au mien, une peur qui doit s’expliquer par la crainte de découvrir en miroir l’horreur du vécu qui a été le mien, le nôtre, en tant que frère ou sœur d’une personne qui s’est suicidée.

J’ai perdu mon unique frère en 1994, j’avais 12 ans, lui 15. C’était « mon grand-frère protecteur », nous avions une relation assez fusionnelle et exceptionnelle. Je n’ai que très rarement voire jamais parlé de la force de cette relation autour de moi. Au sein de la famille, parce que c’était trop douloureux et, à mes amis, je craignais qu’ils ne pensent que j’avais « idéalisé » cette relation en raison de sa disparition. Je disais que j’avais perdu un frère, parfois qu’il s’était suicidé lorsque la confiance en l’autre était suffisante, mais pas beaucoup plus…

Puis, en juin dernier, j’ai reçu un mail de son meilleur ami de lycée qui souhaitait me faire part d’un aboutissement, celui de sa thèse de médecine, un aboutissement qu’il considérait comme lié à mon frère et dont il ressentait le besoin de m’en faire part.

Mon frère était  extrêmement sensible, brillant, doux, attentionné, rêveur, créatif. Il a intégré le lycée Louis le grand en 1993 suite à un parcours scolaire remarquable et à une incitation forte de ses professeurs de collèges qui considéraient qu’un tel potentiel méritait d’être exploité.
Il n’était hélas pas fait pour cet univers où la compétition ne laisse plus de place à l’expression de l’humain où il n’était plus le « premier » et où il découvrait pour la première fois la sensation d’ »échec ». Je n’attribuerai pas à ce système la seule responsabilité de son suicide mais il est certain que cela y a contribué. En plus de cela, un chagrin d’amour, le premier…
Associé à un regard critique sur notre monde actuel, ses valeurs superficielles qui le désespéraient et un avenir en lequel il ne croyait plus.

Bref, je me perds un peu mais c’est important pour moi de resituer tout cela.

Nous n’avons donc rien vu venir, il était juste un petit peu plus « enfermé dans sa bulle » les derniers temps mais nous pouvions tout aussi bien attribuer cet « enfermement » à son côté rêveur et à l’adolescence…

Néanmoins un lundi, je suis rentrée de l’école et je l’ai retrouvé pendu dans le garage. Je me suis longtemps, plus ou moins consciemment, protégée derrière le fait que cela était arrivé à « quelqu’un d’autre » ou qu’il s’agissait d’une autre vie, ma vie « passée ».

Mais en avril dernier, j’ai décidé revoir son meilleur ami, de m’y confronter. Et là, les digues artificiellement construites se sont effondrées…Il m’a exprimé sa tristesse, ses cicatrices et alors j’ai compris que si lui se l’autorisait, peut –être étais-je tout aussi légitime dans l’extériorisation de ma souffrance.
J’ai réalisé que le deuil n’avait pas été fait. Un constat un peu étrange et difficile. Mais, néanmoins, je ne m’en veux pas, je pense qu’il n’était pas possible pour moi de faire autrement à l’époque, je n’étais pas prête tout simplement. A 12 ans on réagit comme on peut face à la sidération que produit un tel événement…Puis, il a fallu continuer à avancer, réussir les études pour ne pas ajouter d’inquiétude à des parents plombés par le chagrin, construire sa vie à soi comme pour ne pas regarder en arrière, comme pour échapper également à l’explosion de ce foyer familial que j’avais connu si heureux. (mes parents n’ont pu surmonter cela ensemble et ont fini par divorcer). J’ai malgré tout une très belle vie, un mari génial et une petite fille que j’adore. Je ne me plains pas de ce côté…
Je pense d’ailleurs que c’est justement parce que je suis arrivée à ce moment charnière de ma vie où tout va bien que je suis en capacité de laisser exprimer cette souffrance qui est la mienne.

J’ai donc décidé de m’ouvrir, j’ai commencé à parler de cette souffrance et, là, j’ai découvert que les gens conservaient de leurs défunts des souvenirs heureux qui les habitaient positivement, qui les animaient. Ce n’est pas mon cas, du moins, par encore. Ça a été un choc. Je n’ai gardé en moi que le traumatisme. J’ai donc décidé de solliciter ma famille, mes amis de l’époque et ses amis à lui pour qu’ils me fassent partager le souvenir qu’ils conservent de lui. Je leur ai également fait part de ce deuil qui n’était pas fait. J’ai obtenu, à mon grand étonnement, des témoignages magnifiques de ce que mon frère avait été et un soutien incroyable.
J’ai également écrit une lettre à mes amis qui ne m’ont connue qu’après les décès de mon frère, pour leur expliquer qui il avait été et la nature de notre relation. J’ai été très touchée des retours extraordinaires et de l’amitié infaillible qui m’ont été témoignés.

Néanmoins, j’ai beau échanger avec ses meilleurs amis, avec mes cousins qui étaient proches de lui, je me rends compte que je reste désespérément seule face à cette souffrance. La phrase de deux d’entre eux me revient comme un leitmotiv  : « malgré tout, nous n’avons pas vécu ce que tu as vécu ». Voilà pourquoi je prends enfin mon courage à deux mains pour parler sur ce forum, car je le sais, échanger avec d’autres, qui ont vécu un événement si ce n’est identique, du moins relativement semblable, pourrait contribuer à avancer dans ce travail de deuil qu’il est grand temps d’accomplir…

cecile73

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Re : S'autoriser à vivre sa souffrance pour faire le deuil...
« Réponse #1 le: mai 25, 2012, 10:55:07 pm »
Bonjour Alicia,

Je suis la jeune femme dont la personne de phare a du vous parler!
Nous vivons le deuil en même temps, mais avec un peu plus d'année concernant ton histoire.
Je te trouve très forte d'avoir avancer durant ses 17 années.
Tu peux connaitre un peux mon histoire en lisant mes messages sur le forum

Comme toi, je recherche à échanger avec d’autres, qui ont vécu un événement si ce n’est identique, du moins relativement semblable, qui pourrait contribuer à avancer dans ce travail de deuil. Et que je sens très loin d'accomplir.

je te souhaite tout le courage et le soutien des tiens afin de pouvoir avancer dans ton travail de deuil.

A bientôt

cécile