Auteur Sujet: message d'héloise à retrouver dans ma fille/mon fils ne se remet pas du suicide  (Lu 3490 fois)

PhareAdmin

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Bonjour à toutes,

c'est avec une grande tristesse que je lis vos messages... Mon frère a pris la décision de nous quitter en 1999, il allait avoir 20 ans et moi 18 à l'époque... Moi même en grande dépression à l'époque, je m'en suis voulu de ne pas avoir vu, de ne pas avoir été là. Continuer à "vivre" après un tel drame est tellement difficile. Quand il est parti, j'étais alors en clinique, mes parents étaient déjà affaibli par mes propres actes, et ne s'attendait pas à ça. Je les ai vu perdus face à leur propre douleur, leur propre perte mais aussi devant nous, ma petite soeur de 9 ans et moi même. Ma mère m'a souvent dit que si nous n'avions pas été là, elle serait surement partie le rejoindre. J'ai eu mal car je pensais à l'époque que je n'avais pas été à la hauteur pour mon frère, que je devais "sauver" mes parents, à tel point que ma propre douleur m'a rendu malade. Je me suis confondue dans des rôles différents, petite soeur, grande soeur et parents pour mes propres parents. Je me suis perdue moi même, croyant que je devais être forte pour ne pas effondrer mes parents plus qu'ils ne l'étaient.

Puis un jour, j'ai compris que je ne devais pas me punir, mais vivre pour 2, pour mon frère que la vie avait abandonnée. A l'époque, quand je regardais les étoiles, je prenais la plus lumineuse dans le ciel noir, et je me disais que mon frère était là, avec moi, à me surveiller.
Aujourd'hui, 12 ans après, j'ai toujours mal quand j'évolue. A la naissance de mon premier enfant, j'ai ressenti une telle peine de ne pas avoir mon frère avec moi, de penser que mon fils ne connaitrait jamais son tonton. Mon deuxième enfant naîtra en mars, et j'ai encore cette douleur dans le coeur qui me dit que ma petite fille non plus ne le connaitra pas. Mais la nuit me montre toujours cette étoile plus lumineuse que les autres, et je sais que partout où je me trouve sur Terre, je la vois, elle est avec moi, et elle me fait sourire car elle ne m'a jamais abandonné.

Il n'est pas facile d'être un frère ou une soeur de quelqu'un qui est parti, nous devons être fort pour nos parents, ne voulant pas leur "rajouter" de la douleur déjà immense. Trouver sa place, être celle ou celui qui reste. J'ai cru pendant un moment que mes parents auraient préferé que ce soit môi qui parte... mais je m'en veux maintenant d'avoir pensé ça. On se perd dans nos propres sentiments, notre propre douleur. C'est vrai, comment pouvoir continuer à vivre après ça ? La réponse est en chacun de nous, avec mes parents nous avons toujours voulu parler de mon frère, ne pas en faire un sujet tabou. Au début, c'était très difficile car quand nous prononçions le nom de mon frère, une plaie immense se rouvrait, peur de faire mal à l'autre, mais maintenant, il continue à vivre avec nous d'une certaine manière, et cela nous a permis de vivre ce deuil ensemble et de nous "reconstruire" ensemble.

Je vous souhaite à toutes et tous beaucoup de courage face à cette épreuve. Continuer à venir sur ce forum, je sais que mes parents et moi même sont très reconnaissants à Phare d'exister, d'être là pour nous, de nous montrer que nous ne sommes pas seuls car bien souvent notre entourage ne peut nous comprendre. Il y a quelques années, j'ai participé aux réunions que Phare organisait à Paris pour les frères et soeurs, et ça m'a énormément aidé, de voir que je n'étais pas folle de ressentir ce que je ressentais.

Pensées pour vous et vos proches

coro

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Bonjour,
Je trouve ton message, Héloise, très touchant. Je voulais te dire que tes enfants connaîtront leur oncle à travers tout ce que tu leur transmettras de lui, tu transformeras pour eux cette histoire tragique en souvenirs heureux que tes enfants conserveront en eux pour toujours.
Dans le fait d'avoir cru que tes parents auraient préféré que ce soit toi qui parte, tu n'as pas à t'en vouloir, selon moi c'est la culpabilité de celui qui reste qui  pousse à penser des choses aussi erronées. En tout cas tu es très lucide sur cette histoire, ton cheminement, tes sentiments et c'est, je pense, ce qui t'as permis d'aller de l'avant et d'avoir pu donner la vie, cela va peu à peu transcender ce malheur.
bon courage et bravo.

remi

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Bonjour,

Je lis tous vos témoignages bouleversants....Mon frère s'est donné la mort il y a an déjà...c'est comme si c'était hier....
Il n'a rien laissé, pas un mot, pas une explication et nous, mes parents, mon ami, ma petite fille, ses amis, son entourage, moi, nous devons continuer à vivre avec nos questions.....
Pourquoi n'avons-nous pas vu ? que n'avons -nous pas dit ? qu'aurait-fallu t-il faire, dire, penser ???? Pourquoi en est-il arrivé à une telle décision ???
La culpabilité de ceux qui restent est terrible à vivre.
Je voulais juste témoigner en tant que "sœur" d'une personne disparue, cela est très difficile pour nous aussi de continuer....
Je crois qu'il faut vivre pour ceux qui restent en acceptant d'être profondément changée "dans sa chair".
Jamais je n'aurais pu imaginer que nous aurions à vivre un tel drame mais quels choix nous restent t-il ?

Je voulais enfin souligner le travail formidable de l'association PHARE qui au travers de ses groupes de parole permet de se libérer et de comprendre les autres et ce que l'on est, profondément humain.

Plein de courage à vous tous,

Virginie

Alicia

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Bonjour Héloïse,

J'ai beaucoup hésité avant de répondre à ce message, tout d'abord parce qu'il était relativement ancien (décembre) et parce que je sais qu'entre temps tu as mis au monde une petite fille et qu'il s'agit toujours d'une période de vulnérabilité extreme.
Néanmoins, il y a tellement de points dans lesquels je me retrouve dans ton message que j'ai fini par me résoudre à la nécessité d'écrire.
Nous avons, à ce que je lis, exactement le même âge et traversé cette épreuve de la perte de son grand frère pour moi en 1994, pour roi en 1999. Nous avons également fondé une famille, j'ai moi-même une petite fille de 2 ans et demi et le souhait d' agrandir cette famille quand l'étape que je traverse aujourd'hui sera franchie, au moins pour partie (d'un deuil pas tout à fait accompli, cf mon post d'hier "s'autoriser à vivre sa souffrance pour faire le deuil")

Je me retrouve dans ton récit familial, la culpabilité que l'on traverse tous, le désarroi des parents et surtout la nécessité d'être forte pour "protéger ses parents", ne pas les faire souffrir davantage. Pour moi, cela a été: bien travailler à l'école, les prévenir de la moindre minute de retard, bref, être sage ...Je me souviens ne plus avoir réussi à faire part de mes désirs propres, les désirs de ma mère étaient devenus les miens. Je me suis perdue moi-même également, comme tu le dis si bien. Et puis, même encore aujourd'hui, j'ai toujours la sensation que ma souffrance est "moins légitime" que celle d'un parent. Cela n'avance à rien, je le sais.... En m'ouvrant actuellement de ma souffrance aux autres,  je m'aperçois pourtant, que quelque soit le traumatisme, sa blessure ou même une simple "fêlure" dans son parcours de vie, la souffrance est toujours légitime. Facile à dire...

J'essaie de suivre aussi ce chemin que tu décris, qui se matérialise chez toi par l'observation de l'étoile la plus lumineuse. J'essaie , pour accomplir ce travail de deuil, de renouer avec le souvenir heureux de mon frère en sollicitant ceux qui l'ont connu, et depuis quelques jours, je me suis surprise à commencer à parvenir parfois à renouer avec l'image douce et heureuse de son vivant, grâce à tous les témoignages recueillis.
 Cette image commence à "grignoter" celle du traumatisme mais pour le moment celle du traumatisme occupe encore la place prédominante,  j'ai néanmoins bon espoir.


Comme toi, j'ai également cette tristesse de ce qui ne sera jamais, de l'oncle que mes enfants ne connaitront jamais, d'une blessure qui jamais ne cicatrisera complètement et cette aberration qu'est celle de réaliser que ce travail de deuil que je ne l'accomplis que maintenant (17 ans plus tard!!!)... Il n'est jamais trop tard il parait...

Je souhaiterais pouvoir en parler avec d'autres personnes car je n'en ai pas eu l'occasion ou fait la démarche et je me rends compte, que cela s'impose à moi comme une nécessité.  Je ne souhaite pas aller à une réunion de Phare, je ne pourrais me retrouver en présence de parents, et en présence de personnes qui viennent de subir cette épreuve.Je ne m'y reconnaitrais sans doute pas et je ne me sentirais pas à ma place, toujours cette question d '"autorisation à souffrir". Si certaines personnes se reconnaissent et souhaitent échanger avec moi, je suis partante... Il était temps!

Cathy

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Héloïse, Alicia, vos vies m'émeuvent énormément. Je me rends compte de la douleur que mes filles doivent supporter; nous, les parents épleurés,elles, avec leurs souvenirs.......Mélissa, après le suicide de sa grande soeur (elle l'a vue au bout de CETTE corde), a fait les démarches d'appeler les gendarmes et les pompiers, tellement , NOUS, les parents étions anéantis !!! elle a été forte, mais pour qui ? elle aussi était dans une douleur incommensurable, d'ailleurs, elle a voulu la rejoindre 3 mois après dans les mêmes circonstances; et puis elle a fait connaissance de Julien, elle s'est très vite installée avec lui, les mois ont passé, mais la réalité de la vie l'a vite rattrapée, elle s'est rendue compte, que malgré les sentiments, elle devait (pour elle) revenir là où sa vie s'était arrêtée, le 10 Décembre 2010. Comme vous, elle m'a dit vouloir revoir les amis de sa soeur, qu'elle connaissait aussi, mais également être la grande soeur qui amènera Charline ( son autre soeur) à des soirées de village, tout comme Mélanie le faisait pour elle. Il est vrai que suis peut-être un peu égoïste, mais je suis aux anges d'avoir, de nouveau,  mes filles ensemble à la maison, je retrouve cet équilibre si vite perdu......Mélissa a 21 ans, l'âge où Mélanie nous a quittés et c'est très dur pour elle, cette tragédie est très récente... 17 mois !!!! mais, ensemble toutes les 3, nous nous remémorons les bons moments passés avec Mélanie et cela fait du bien, car le papa ne parle pas d'elle, il a trop mal... De vous lire m'aide à avancer MERCI ......